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vendredi 14 août 2026

Profilage : Georges Simenon


Georges Simenon est né le 13 février 1903 à Liège, un vendredi donc, et a contracté sans qu'on le lui demande, la nationalité belge. Il a quitté le contingent le 4 septembre 1989 à Lausanne, un lundi ! Il a donc stationné dans le secteur exactement 31 615 jours.

Il y a chez lui une manière unique de saisir la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus opaque. Il traverse le XXᵉ siècle comme un funambule infatigable, laissant derrière lui une œuvre immense, presque vertigineuse, où chaque roman semble écrit d’un seul souffle. Simenon n’écrit pas : il capte. Il écoute les rues, les ports, les chambres d’hôtel, les silences lourds des cuisines au petit matin. Il observe les êtres comme on observe la mer, avec une attention qui frôle la tendresse.

Dans ses livres, les destins se nouent dans des cafés enfumés, des gares humides, des maisons modestes où l’on devine les drames derrière les rideaux tirés. Son style, dépouillé, presque nu, avance à pas feutrés. Il ne cherche pas l’effet : il cherche la vérité. Une vérité humaine, fragile, parfois sombre, toujours profondément incarnée.

Avec Maigret, Simenon invente un enquêteur qui ne traque pas seulement les coupables, mais les âmes. Le commissaire marche dans Paris comme on marche dans sa propre mémoire, attentif aux gestes, aux voix, aux vies minuscules. Il ne juge pas : il comprend. Et c’est peut-être là que réside le génie de Simenon — dans cette capacité à faire de l’empathie une méthode, de la compassion une forme de clairvoyance.

Simenon est un écrivain du monde, mais surtout un écrivain des lieux. Ses romans sentent la pluie, le tabac froid, le bois ciré, la bière tiède. Ils sont traversés par des hommes et des femmes qui vacillent, qui doutent, qui s’égarent. Ses « romans durs » plongent au cœur de ces existences ordinaires où l’on découvre, parfois, que le drame n’est jamais loin — il suffit d’un geste, d’un regard, d’une nuit trop longue.

Aujourd’hui encore, ses livres se lisent comme des confidences. Ils ne vieillissent pas : ils persistent. Parce que Simenon n’a jamais cherché à être moderne ou classique. Il a cherché à être vrai. Et cette vérité, simple, humaine, continue de toucher, de troubler, de fasciner.


Profilage effectué ce jour par Юлия

samedi 27 janvier 2018

Maigret et le clochard, Georges Simenon

Ca dégravoye !




Un cas d'école.

C'est le printemps. La Seine suinte de toutes parts. Les péniches se redressent et se balancent dangereusement au gré des flots. Un homme non harnaché (dans la vie) fait une glissade sur les pavés du bord de fleuve.

- Non ce n'est pas un exercice Blvd !

Le plongeon n'est pas homologué : 
récupération tardive, 
séchage, 
direction l'Hôtel Dieu, un hôpital, un vrai (et non  et non plus),
réveil pâteux... 
Comme un goût de flotte dans la bouche.
Et tout ça aux pieds de la Maison. 

"- La police ne fait rien?"

Tututut...
Quand il y a de la bagarre, Maigret n'est pas le dernier. Il se dirige au pas de charge sur le pont Marie et direct, il se mouille les épaules, la nuque et ajuste sa lunette (pipe au bec). 
Dans le viseur, Jeff et son frangin. Des bateliers flamands en déplacement dans la région. 
Une enquête longue et pénible (c'est Maigret qui le dit) s'annonce, parce que visiblement il a affaire à des imbéciles. 
Madame Maigret participe aux festivités (rare) et fait jouer ses relations, tandis que certains collègues du commissaire font du zèle. 

Les performeurs
Ont essayé de reconstituer des vies gâchées.
Ont bu mais n'en ont pas parlé.
N'ont pas divorcé, mais en ont parlé.
Ont fumé la pipe.
Ont joué aux billes.
Ont accusé à tort.
Ont balancé les chiens à la baille. 
Les hommes aussi ont été balancés. Enfin oui et non. Selon le sens interprété.
Ont failli aller à Mulhouse, mais finalement c'est Mantes la jolie qui a été plébiscitée.
Ont référencé Verlaine, Bossuet, et même de Las Cases. C'est dire. Juste pour apprécier le chemin parcouru depuis avant à maintenant... Impressionnant d'inertie !

Les oyants-compte ont pu apprécier, pour (la) mémoire, un foie de veau en papillote, et pour nourrir (le) désespoir, un saucisson à l'ail sur du pain rassis. 
Un verre de prunelle et de genièvre  ont malgré tout été servis à la cantine pour réchauffer les coeurs meurtris.

En moins de deux cents pages, tout n'est pas dit mais presque.  

Sombre à souhait, mutin, entrailles ouvertes, Maigret, c'est du solide.

La Rédaction n'imagine même pas la Léa dire le contraire.

Lu concomitamment
(taille compatible pour une utilisation sur table de chevet) :



Le charretier de la providence, Georges Simenon

Ecluse 14 - Marne/canal - Dizy ? Une femme est retrouvée morte. Epernay, Reims et Paris en alerte. Maigret est déjà sur le terrain. Ambiance...