samedi 27 janvier 2018

Maigret et le clochard, Georges Simenon

Ca dégravoye !




Un cas d'école.

C'est le printemps. La Seine suinte de toutes parts. Les péniches se redressent et se balancent dangereusement au gré des flots. Un homme non harnaché (dans la vie) fait une glissade sur les pavés du bord de fleuve.

- Non ce n'est pas un exercice Blvd !

Le plongeon n'est pas homologué : 
récupération tardive, 
séchage, 
direction l'Hôtel Dieu, un hôpital, un vrai (et non  et non plus),
réveil pâteux... 
Comme un goût de flotte dans la bouche.
Et tout ça aux pieds de la Maison. 

"- La police ne fait rien?"

Tututut...
Quand il y a de la bagarre, Maigret n'est pas le dernier. Il se dirige au pas de charge sur le pont Marie et direct, il se mouille les épaules, la nuque et ajuste sa lunette (pipe au bec). 
Dans le viseur, Jeff et son frangin. Des bateliers flamands en déplacement dans la région. 
Une enquête longue et pénible (c'est Maigret qui le dit) s'annonce, parce que visiblement il a affaire à des imbéciles. 
Madame Maigret participe aux festivités (rare) et fait jouer ses relations, tandis que certains collègues du commissaire font du zèle. 

Les performeurs
Ont essayé de reconstituer des vies gâchées.
Ont bu mais n'en ont pas parlé.
N'ont pas divorcé, mais en ont parlé.
Ont fumé la pipe.
Ont joué aux billes.
Ont accusé à tort.
Ont balancé les chiens à la baille. 
Les hommes aussi ont été balancés. Enfin oui et non. Selon le sens interprété.
Ont failli aller à Mulhouse, mais finalement c'est Mantes la jolie qui a été plébiscitée.
Ont référencé Verlaine, Bossuet, et même de Las Cases. C'est dire. Juste pour apprécier le chemin parcouru depuis avant à maintenant... Impressionnant d'inertie !

Les oyants-compte ont pu apprécier, pour (la) mémoire, un foie de veau en papillote, et pour nourrir (le) désespoir, un saucisson à l'ail sur du pain rassis. 
Un verre de prunelle et de genièvre  ont malgré tout été servis à la cantine pour réchauffer les coeurs meurtris.

En moins de deux cents pages, tout n'est pas dit mais presque.  

Sombre à souhait, mutin, entrailles ouvertes, Maigret, c'est du solide.

La Rédaction n'imagine même pas la Léa dire le contraire.

Lu concomitamment
(taille compatible pour une utilisation sur table de chevet) :



vendredi 19 janvier 2018

Meurtre au Comité central, Manuel Vázquez Montalbán, Asesinato en el Comité Central



Le premier de la classe s'est fait buter.
Soite !
Cela s'est passé à Madrid lors d'un comité.
Soite ! 
Il y avait beaucoup de monde dans la salle.
Soite !
Toutes les portes étaient verrouillées.
Soite ! 
Pepe, le renégat, est embauché 
pour démêler le plus gros.
Soite !
A couple
à la droite gauche de avec la Régulière tri-cornée.
Pouah...te !


Compromis, compromis... 
Les choses ont bien changé depuis avant. 

On a eu vent d'un meurtre au Comité central, comme mentionné sur la page de garde. Ca chauffe dans les fumoirs. Tout le pays est en émoi. Pepe l'ancien se fait prier. C'est la moindre des choses. Difficile de quitter Barcelone, ses Ramblas, ses chaleurs, ses messieurs et ses dames, ses ambiances, ses feux de cheminées, ses restos, ses menaces de morts...
Bon, finalement il accepte (ouf!) moyennant gratification.
Et c'est parti pour une virée madrilène. Son guide sera : Carmela.
Dès qu'il foule le sol, la partie devient, comment dire, très technique. Limite soutènement de thèse.
Fort heureusement, Carvalho (le père caché de Gabriel?) fait le boulot correctement. Prises et réceptions de coups. Discussions à n'en plus finir. Joutes autour de la gastronomie et de l'oenologie. Quelques fines considérations sur l'européanisation de la Catalogne. Une bibliothèque est passée au scan chapitre 49. La muerte confirme ses pulsions récidivistes. 
Pour éviter les surprises : ne se fier à personne et ne faire confiance à personne.
Banquet final pour les retrouvailles.

Un des 100 (le 39). 
Ce texte fera la joie des chercheur(e)s (petits et grands), des initié(e)s (idem), des égaré(e)s (idem), et de ceux qui se sentent concerné(e)s(idem) par le sujet. 

PMTDT.

A méditer : "Sa période d'acheteur-lecteur s'était interrompu au début des années soixante-dix, le jour où il avait pris conscience d'être devenu l'esclave d'une culture qui l'avait séparé de la vie, qui avait faussé ses sentiments comme les antibiotiques détruisent les défenses de l'organisme."

Contre-expertise 



dimanche 7 janvier 2018

Tatouage, Manuel Vázquez Montalbán, Tatuaje

Comme il est mentionné dans la notice d'utilisation, un corps d'homme sans vie flotte négligemment, à quelques mètres d'une plage de sable chaud, dans la zone des trois cents mètres catalane. 
Dès sa découverte, le corps, rongé par le sel et les habitants des mers, est redirigé à renfort de hurlements vers la grève. 


Mais 
puisque je vous dis 
que mon fils n'est pas du genre
 à se tatouer.

- Bon d'accord ! Appelle Carvalho, j'ai une enquête poivrée pour lui et je veux un nom dans la semaine !
- Ok, je le mets dans le texte.

L'enquête est séquentielle. L'idée de base, c'est d'attraper le bout visible de la ficelle et ensuite de tirer dessus et dérouler pour voir s'il y a un autre bout. Classique.
L'immersion dans la Barcelone et l'Amsterdam des années 70 est profitable pour les papilles, la relation à l'humain(e) et le froissement du cerveau. Le profil de Pepe Carvalho, le détective de service, est savoureusement crayonné. Trente-sept ans, fin gourmet, ex-flic, ex-marxiste, consciencieux, jusqu'au-boutiste, amateur de magazines corporels et accessoirement pudique. La mise en bouche est succulente. On approche par petites touches ici et là. Le documentaliste expérimente la distanciation assaisonnée d'un zest de négligence.

On prend l'avion, on fricote avec les peuplades du moyen-nord-europe, on fait travailler la machine à souvenirs, on récolte quelques douceurs, on étudie les comportements sociaux inhérents à la transhumance des peuples.

A Amsterdam on se pâme, 
A la Haye on s'effraye
A Barcelone on transit et on trône

Pepe prend des coups. C'est dans le contrat. 
Il avance tranquillement, s'investit, discute, mange, plonge, s'ébroue, minaude, investigue, affirme, rentre de temps en temps chez lui, à Vallvidrera pour faire un feu de cheminée.
Les femmes qui tournoient dans la cité font ce qu'elles peuvent. Les hommes aussi. Pareil qu'ailleurs. Chacun(e) à sa place. Teresa, la bourgeoise fait un peu d'ombre à Charo, la Dame de bonne compagnie. Rien d'insurmontable.
Les fils s'emmêlent un peu avec ceux de la police mais selon formule consacrée, chacun son métier et les vaches sont bien gardées. 

Pour la gustation le chef suggère : hareng, morue, pain à la tomate, dinde farcie, brie également, dont on ne saura pas s'il est meldois... et bière hollandaise.
On apprend que les gens sympathiques n'ont pas d'exigences envers eux-mêmes... ni même envers les autres; que les plaisirs sont ceux de la mémoire. Une réflexion sur le triangle s'invite (?). Inévitable... Les livres sont brûlés avec méthode. Quichotte succombera dans les premiers.

A méditer : "...sur le palier, dans l'apothéose d'une rosace reproduisant le drapeau catalan, exaltation voulue par une bourgeoisie dans la plénitude de sa maturité et de sa volonté créatrice, au faîte de sa toute puissance. fermez les guillemets.

Alerte info : les services sociaux ont reçu des plaintes suite à des violences  (légères) domestiques de la part dudit Pepe. Il "aurait" répondu que c'était pour les besoins de l'enquête. Ni plus ni moins. A vérifier.
On déplore également quelques comportements violents gratuits zé douteux.

- Tu fais quoi à manger ce soir Blvd? 
- Faut voir !





Le charretier de la providence, Georges Simenon

Ecluse 14 - Marne/canal - Dizy ? Une femme est retrouvée morte. Epernay, Reims et Paris en alerte. Maigret est déjà sur le terrain. Ambiance...